Alain Galan vit en Limousin où il est né en 1954. Journaliste et écrivain, il est l'auteur de plusieurs récits de la nature, de trois romans, Bordebrune, Parcellaire et Le Dernier pays avant l'hiver, publiés par les éditions Pygmalion ainsi que d'une biographie Colette, baronne en Corrèze, citoyenne au Palais Royal, parue en 2003 aux éditions Lucien Souny.

Site d'Alain Galan ( sur le livre Colette, baronne en Corrèze, citoyenne au Palais Royal )

http://alain-galan.jeanbaptiste-ciepka.fr

 
 
 
            

        « L'impossible pays. Cinquante ans déjà à le parcourir de lisière en lisière, à chercher à l'apprivoiser, à tenter de communier avec sa sauvagerie. Une vie de trappeur n'y suffirait pas. Toujours la contrée se dérobe à la faveur d'un ciel sans cesse changeant, d'une lumière indocile.

. . .

        Ici, le vent oeuvre parfois mieux que la main de l'homme. Lorsque, coupant par le bois d'un pas silencieux de braconnier, il sème, sur la lande, le genêt et la bruyère, il les dispose comme un peintre, en touffes de couleurs. De même fait l'aubépine qui se charge au printemps de réveiller les chemins. L'eau, elle aussi, joue tout le jour avec la lumière : les rigoles que désormais nul ne faucarde ni ne cure avant la saison des pluies, cherchent leur chemin terrestre entre deux lignes de joncs et se perdent dans le pré-bas en formant une mouillère criblée de sphaignes et de carex. L'or du soleil y scintille même en hiver mais, au plus chaud de l'été, la main frissonne d'y sentir l'eau si fraîche.

. . .

        Les chemins d'ici ne mènent nulle part. Qu'on s'en persuade, dans ce qui a prévalu à leur création, ils n'avaient pas vocation à desservir mais à diviser. (.)
        Pourtant, si peu de chemin qu'ils fassent, ils suivent avec une louable bonne volonté la courbe des collines et se plient à l'inclinaison des versants. Parfois, d'humeur lasse, alors qu'ils allaient d'un bon pas, bordés de genêts, d'aubépine blanche et d'épine noire, de sureaux et de fougères, un lièvre toujours les précédant, parfois, donc, ils s'arrêtent sans prévenir à l'orée d'un pré de juin. Il nous faut alors, plutôt que de revenir sur nos pas, nous aventurer dans l'herbe haute, odorante, bruissante de grillons, et, froissant ce domaine que régit le vent, tenter de gagner l'autre rive en quête d'une résurgence, d'un nouveau chemin.»

            
 

Alain Galan

            
 
            

        « L'impossible pays. Cinquante ans déjà à le parcourir de lisière en lisière, à chercher à l'apprivoiser, à tenter de communier avec sa sauvagerie. Une vie de trappeur n'y suffirait pas. Toujours la contrée se dérobe à la faveur d'un ciel sans cesse changeant, d'une lumière indocile.

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        Ici, le vent ouvre parfois mieux que la main de l'homme. Lorsque, coupant par le bois d'un pas silencieux de braconnier, il sème, sur la lande, le genêt et la bruyère, il les dispose comme un peintre, en touffes de couleurs. De même fait l'aubépine qui se charge au printemps de réveiller les chemins. L'eau, elle aussi, joue tout le jour avec la lumière : les rigoles que désormais nul ne faucarde ni ne cure avant la saison des pluies, cherchent leur chemin terrestre entre deux lignes de joncs et se perdent dans le pré-bas en formant une mouillère criblée de sphaignes et de carex. L'or du soleil y scintille même en hiver mais, au plus chaud de l'été, la main frissonne d'y sentir l'eau si fraîche.

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        Les chemins d'ici ne mènent nulle part. Qu'on s'en persuade, dans ce qui a prévalu à leur création, ils n'avaient pas vocation à desservir mais à diviser. (.)
        Pourtant, si peu de chemin qu'ils fassent, ils suivent avec une louable bonne volonté la courbe des collines et se plient à l'inclinaison des versants. Parfois, d'humeur lasse, alors qu'ils allaient d'un bon pas, bordés de genêts, d'aubépine blanche et d'épine noire, de sureaux et de fougères, un lièvre toujours les précédant, parfois, donc, ils s'arrêtent sans prévenir à l'orée d'un pré de juin. Il nous faut alors, plutôt que de revenir sur nos pas, nous aventurer dans l'herbe haute, odorante, bruissante de grillons, et, froissant ce domaine que régit le vent, tenter de gagner l'autre rive en quête d'une résurgence, d'un nouveau chemin.»

            
 

Alain Galan